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Relations sociales à l’AFP : ouvrons en effet le débat !

lundi 11 octobre 2010

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Message syndical au personnel AFP à travers le monde

 
Le syndicat SUD-AFP est à la fois heureux et très, très préoccupé à la lecture des messages signés par des membres du personnel de l’agence qui viennent d’affluer des principales régions du monde. [1]
 
Nous sommes heureux car nous croyons depuis longtemps que les relations direction-syndicats dans une agence de presse mondiale devraient forcément impliquer l’ensemble du personnel, indépendamment de son statut salarial et sa localisation géographique. Si les syndicats français ne représentent, sur le plan strictement juridique, que le personnel sous contrat de travail français - c’est à dire les « statuts de siège » - bien des questions discutées dans les instances statutaires, en particulier le Comité d’entreprise (CE) et le Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) concernent de fait l’ensemble des salariés à travers le monde.
 
A première vue, ce n’est pas le cas pour ce qui concerne le transfert de certains services parisiens de l’autre côté d’une rue près de la place de la Bourse. En effet, si l’enjeu peut se réduire, comme la direction veut vous le faire croire, à une simple opération de déménagement, on est en droit de se demander pourquoi on en fait un tel scandale.
 
En fait la question est bien plus complexe, car elle concerne non seulement l’introduction de technologies multimédias mais également la cohésion de certains services, sans oublier les menaces, dans le passé mais également en ce moment même, contre les statuts fondateurs de l’AFP.
 
Vues de l’autre côté du monde ces questions peuvent paraître théoriques, mais en fait elles sont capitales pour nous tous.

Représenter le personnel dans le monde entier

 
Plus généralement, en tant que représentants syndicaux, beaucoup d’entre nous agissons et continuerons à agir pour défendre les personnels à statut local dans la mesure de nos possibilités.
 
Il y a un lien évident entre les conditions de travail - salaires, horaires, sécurité de l’emploi, etc. - pour les « statuts de siège » et celles des « statuts locaux ». Depuis quelque temps, la direction de l’AFP a lancé des attaques sur les deux fronts à la fois : elle refuse de s’occuper du nombre croissant de situations précaires parmi les statuts de siège, elle diminue les budgets « piges » à travers le monde et elle licencie sans états d’âme des statuts locaux, comme cela a été le cas l’année dernière à Sarajevo. Il faut également signaler que parmi les salariés à statut local on compte un nombre grandissant de Français. Nous croyons que les personnels AFP à travers le monde doivent avoir les mêmes droits.

Vers un Comité d’entreprise mondial ?

 
Le fait que les salariés à travers le monde, y compris de nombreux salariés de statut local, soient subitement impliqués dans des questions qui jusqu’ici étaient principalement discutées et décidées en France, et surtout à Paris, est en soi une bonne chose.
 
Au fait, une de ces questions, soulevées déjà par SUD-AFP, concerne le mode d’élection des deux représentants du personnel de l’agence à son conseil d’administration. Bien que ce soit la seule élection statutaire dans laquelle les personnels non statut de siège ont le droit de vote, ce droit est en fait limité aux seuls ressortissants des pays de l’Union européenne, plus la poignée d’autres pays qui complètent l’Espace économique européen.
 
SUD a déjà remporté une bataille sur cette question en saisissant la Haute autorité de lutte contre les Discriminations et pour l’Egalité (HALDE). Nous souhaitons que lors du prochain scrutin, qui doit avoir lieu au début de l’année prochaine, les salariés partout à travers le monde puissent voter.
 
Puisque la direction actuelle est apparemment l’inspiratrice, pour ne pas dire l’organisatrice, de la série de messages signés concernant une décision relevant du CHSCT, elle verra certainement d’un bon oeil notre demande pour la création d’une instance mondiale plus large au sein de laquelle l’ensemble du personnel à travers le monde serait représenté. Pourquoi pas un Comité d’entreprise mondial, avec une place pour les représentants syndicaux, ou les représentants élus des bureaux, dans chaque région ? De telles structures existent dans d’autres entreprises.

Préoccupation et colère

En même temps, la manière dont le barrage de messages signés venant d’à travers le monde a été organisé vendredi dernier nous préoccupe énormément et à vrai dire nous met très en colère. Quelle peut être la légitimité de messages inspirés et même rédigés par des membres des directions régionales, et que les personnels sont gentiment invités à signer ?
 
Nous voulons bien croire que bon nombre de ces signatures étaient librement consenties, bien qu’il nous semble assez surprenant que sous prétexte que le PDG vient de publier un message long et quelque peu confus dans lequel il a menacé de démissionner, le personnel dans le monde entier soit invité à exprimer un avis sur des questions complexes qui sont en discussion à Paris depuis plus d’un an, sans que beaucoup d’informations soient disponibles dans une langue autre que le français.
 
Mais nous sommes également convaincus que bon nombre de salariés ont dû se sentir dans l’impossibilité de refuser de signer de tels messages. Comment le savoir ? Telle est la nature des relations hiérarchiques dans toute entreprise.

Légitimité démocratique

De telles pratiques sont à mille lieues des règles démocratiques strictes qui régissent actuellement le vote des personnels directement concernés par le déménagement rue Vivienne - et uniquement ces personnels - à l’initiative des syndicats.
 
Plus généralement, ces pratiques sont également très éloignées des règles qui déterminent, selon le Code du travail français, la conduite des élections professionnelles dans les entreprises. Les salariés de bien des pays peuvent envier ces règles, que nous défendons bec et ongles.
 
Si nous devions choisir entre une AFP dans laquelle les syndicats et la direction peuvent dialoguer dans la transparence et l’équité, et une AFP dans laquelle des pétitions improvisées peuvent être lancées par la direction simplement parce que le PDG vient de perdre son sang-froid, le choix sera vite fait !
 
Bon : nous avons assez disserté. Quiconque souhaite poursuivre ce dialogue est invité à nous contacter à l’adresse sudafp@orange.fr. A noter que vous pouvez également contacter l’ensemble des syndicats français à l’adresse inter[AT]afp.com - à condition d’écrire à partir d’une adresse « afp.com ».
 
Sur notre site web vous trouverez également notre réponse, en français et en anglais, au message de M. Hoog, ainsi que la version anglaise d’une déclaration intersyndicale sur la même question.
 
Claus Tulatz, représentant syndical SUD-AFP
David Sharp, élu au Comité d’entreprise

 
Paris, le lundi 11 octobre 2010 (version anglaise vendredi 8 oct.)
 
The English version of the present text is here.
 
SUD-AFP (SUD Culture & Médias Solidaires)


[1Note pour la version française du présent texte : les messages en question étaient transmis le vendredi 8 octobre à partir des régions Asie (125 signataires), Amérique du Nord (55) et Amérique latine (28). Nous avons choisi de répondre dans un premier temps en anglais afin d’être compris par le plus grand nombre.