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Réforme du desk inique : le bateau prend l’eau, l’équipage est malmené mais la direction maintient le cap !

mercredi 19 mai 2021

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La direction a présenté son projet inique comme simple et plein de « bon sens » : réunir tous les desks francophones de Paris en une seule entité, un gros desk unique où les maîtres mots seraient « simplification », « polyvalence » et « partage des tâches ». Mais trois mois après son lancement, force est de constater que la fusion des desks inter, France, et leurs cellules éco respectives, a provoqué malaise, confusion et perte de sens chez des éditeurs. Un résultat qui impactera forcément un jour le reste de la rédaction, voire toute l’AFP.

SUD avait pourtant prévenu la direction

Dernier épisode en date : l’annulation le 17 mai de deux dépêches sur les fils en français suite à des erreurs de validation. Officiellement la faute à « la complexité d’Iris* » et à « la lourdeur de la communication inhérente au télétravail”. Possible... Mais cela fait aussi des semaines que SUD tire la sonnette d’alarme sur les problèmes du desk unique, notamment un encadrement insuffisant et parfois perçu comme autoritaire, l’absence de vraies formations, avec à la clé le risque d’entraîner une souffrance au travail et des accidents éditoriaux.

Si la majorité des journalistes du desk restent silencieux, la plupart n’en pensent pas moins et certains osent même mettre des mots sur les maux : « surcharge de travail », « consignes contradictoires » venant de quatre rédactions en chef différentes, « avalanche de notes », « improvisation permanente » et « management brutal » (qui date de bien avant la réforme). A cela s’ajoute une complexification des tâches avec des pendings, sous-pendings, routages divers et variés, sans compter les pannes et bugs à répétition du logiciel Iris.

Particulièrement touchés, les éditeurs économiques disent souffrir à la fois d’une absence de chef de vacation éco, mais aussi de problème d’effectifs. Il existe bien un « référent éco », mais il n’a pas autorité pour distribuer la copie et se retrouve noyé sous les sollicitations des éditeurs.

Un seul coupable : le télétravail ?

La direction refuse de voir que le bateau prend l’eau et répercute seulement les explications de l’encadrement : tout est de la faute du télétravail qui rend difficile la communication au sein de cette entité de 65 journalistes.

Pourtant, c’est la direction qui a choisi de lancer le desk unique en février, en pleine crise du Covid et alors que toute l’AFP se mettait en mode télétravail intensif jusqu’à fin 2021 !

Autre erreur : ne pas avoir voulu mettre en place l’encadrement suffisant. Résultat : le paquebot est dirigé par les deux anciens chefs des desks inter et France, assistés d’une adjointe, au lieu des quatre encadrants prévus dans le projet initial.

Interrogée par les élus du personnel fin avril, la direction minimise et temporise. Pas question d’admettre que des éditeurs croulent sous la copie. Quelqu’un se serait même plaint « de ne valider que trois dépêches par heure ». Le monde à l’envers ! Et un renfort pour l’encadrement ? Pas possible, selon elle, « on ne trouve personne ». (Pourquoi ?)

Au final, la seule perspective est d’attendre que le futur chef du desk unique (nommé entre-temps) et ses trois adjoints (postes encore à l’affichage) prennent leurs fonctions... en septembre !

Le navire va donc encore tanguer pendant des mois, et tant pis pour l’équipage sous pression.

Comme des écoliers, les journalistes du desk se voient reprocher de laisser passer « une copie pas propre », les chefs de vacation sont interpellés dès l’arrivée d’une alerte et les télétravailleurs sont invités à signaler toute absence, même pour quelques minutes de leur poste de travail…

En revanche, aucun débat de fond sur le contenu de la copie et nulle remise en cause de l’organisation et de la multiplication des tâches.

Le desk unique a ainsi récupéré le travail du Bureau de Paris pour adapter la copie française destinée à l’étranger, mais seulement deux personnes s’y consacrent désormais et uniquement la semaine.

Quant à la « vitrine de l’AFP », le journal internet (AFP Stories), il n’y a plus que deux vacations prévues, avec un trou de deux heures entre les deux, en pleine journée.

Nous sommes loin de la réforme « à charge de travail égale » promise par la direction.

Comme lors de la suppression du desk éco en 2018, la fusion des desks n’a pas créé une plus grande « polyvalence » chez les journalistes concernés. Sans surprise, chacun continue de travailler plus ou moins dans son ancienne spécialisation (France, inter, éco, web et mobile) et avec des missions très différentes.

Mêmes arguments pour la réforme de la rédaction

Ces difficultés structurelles du desk unique doivent faire réfléchir les journalistes de production alors que se profilent la nouvelle organisation de la rédaction à Paris et son emménagement fin 2021 dans le siège rénové.

Pour justifier son redécoupage des services parisiens, la direction a également mis en avant les « synergies » que les nouveaux pôles allaient susciter. SUD s’était opposé en vain à cette « réorganisation » qui actait la fin du service social, tandis que certains se voulaient rassurants en imaginant que la culture du Social allait « se diffuser » ...

Au contraire, pour SUD, c’est le mauvais scénario de la disparition du desk éco et de l’illusoire polyvalence générale sur les desks qui va se répéter.

Mais la direction s’en moque et n’a qu’une idée en tête : réduire les effectifs et la masse salariale. C’est d’ailleurs le principal but du « Plan Fries », inscrit dans le Contrat d’Objectifs et de Moyens 2019-2023. Il s’agit de permettre à l’État-administrateur de baisser sa contribution au financement de l’AFP dans les années à venir.

SUD invite tous les salariés à rejeter cette vision purement comptable de l’Agence et à défendre notre mission d’intérêt général. Il en va aussi de nos conditions de travail et de notre avenir à tous.

Paris, le 19 mai 2021
SUD-AFP (Solidaires-Unitaires-Démocratiques)
contact@sud-afp.org

*Iris = système informatique de la rédaction