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Inflation : +2,8%, salaires AFP : +3 fois rien

vendredi 3 décembre 2021

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Alors que l’indice Insee des prix à la consommation a augmenté de 2,8% sur un an en novembre, la direction de l’AFP refuse les hausses des salaires demandées par les syndicats.

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Lors de la 2e réunion de la Négociation annuelle obligatoire, le 25 novembre, la direction a en effet refusé de lever le gel des barèmes qui est en vigueur depuis fin 2012 (à l’exception des légères hausses 2020/2021 obtenues après la condamnation de l’AFP dans le contentieux SPQN mené par la CGT, FO et SUD) .

De qui se moque-t-on ?

Bien avant le début de la NAO 2021, SUD avait souligné que le rattrapage de l’inflation serait le minimum syndical. Les syndicats étaient unanimes pour réclamer des hausses des salaires. Et que propose la direction ? Des miettes pour quelques-uns et de vagues promesses pour 2022  :

  • Prime one shot de probablement moins de 300 € net pour les 370 salariés les moins bien payés (sur un total d’environ 1.250 salariés statut siège) : enveloppe de 200.000 € brut.
  • Primes et promotions pour les « collaborateurs » les plus « méritants », attribuées sans aucune transparence : au total probablement environ 400.000 €.
  • Hausse des piges texte autour de +2 à 2,2% : enveloppe non précisée, mais sans doute inférieure à 15.000 €. Rien pour les pigistes photo et vidéo !
  • Ouverture en janvier 2022 de négociations sur la « participation », dans la même logique que l’accord d’entreprise du 10 mars 2017, qui ne prévoyait plus aucun mécanisme contraignant de hausses générales.
  • Négociations sur les suites de l’accord avec Google concernant les droits voisins (dont les aspects financiers sont secrets). Enveloppe inconnue ; a priori, la direction entend réserver la somme redistribuée aux seuls journalistes, excluant les autres catégories de personnel.
  • Négociations sur les salaires des journalistes (notamment certaines primes), à partir du 2e trimestre 2022.

En résumé : quelques primes one shot et peu de mesures pérennes au titre de la NAO 2021, pour une enveloppe totale peut-être voisine de 615.000 €. A comparer au « résultat net historique » de 5,3 millions d’euros que l’AFP a affiché pour 2020.

Un changement de cap s’impose !

Sans surprise, ces « propositions » de la direction sont totalement insuffisantes et plutôt insultantes pour la majorité des salarié-e-s qui font tourner l’Agence malgré le Covid-19 et les travaux au siège parisien !

Sur la base des informations fournies par la direction et de nos propres calculs, voilà notre chiffrage des mesures qui constitueraient un changement de cap, en mettant l’intérêt de l’Agence et de ses salariés au-dessus des calculs politiques, idéologiques et purement financiers :

  • Hausse générale des barèmes de 2,8% pour tous = 2,8 à 3,7 M€/an (selon les critères comptables retenus). Cette hausse n’est pas un cadeau ; elle permettrait seulement de rattraper l’inflation sur un an, en tenant compte du dernier indice Insee. L’augmentation des salaires bruts aurait aussi une incidence positive sur nos futures retraites (ce qui n’est pas le cas de la plupart des mesures envisagées par la direction).
  • Hausse de 2,8% du barème de piges, pour tous les pigistes = 38.000 €/an.
  • Instauration d’un palier de prime d’ancienneté de 21% après 25 ans et de 22% après 30 ans = environ 338.000 €/an (après hausse générale de 2,8%). Cette mesure permettrait de réduire les discriminations salariales et de créer de nouveaux automatismes pour la 2e moitié de la carrière à l’AFP [1].

Nous n’avons pas les mêmes priorités que M. Fries

Le prix total de ces demandes tout à fait logiques et raisonnables (environ 3,2 à 4,1 M€ par an) est inférieur au « résultat net » déjà évoqué de 5,3 M€ pour 2020.

Il est également inférieur au rabais que l’État s’est accordé pendant des années sur les services rendus par l’AFP. Car la sous-compensation cumulée des Missions d’intérêt général sur les années 2015 à 2018 s’élevait à 19,8 M€, soit près de 5 M€ par an ! C’est de l’argent volé à l’AFP et à ses salariés. De l’argent qui aurait pu servir à préserver le niveau de vie de l’Agence et de ses salariés, et éviter les suppressions d’emploi du Plan Fries [2].

Mais le PDG a d’autres priorités. Poursuivant la logique de son « Plan de transformation », il ambitionne désormais de non seulement obtenir le rééchelonnement de la dette, mais carrément d’arriver au désendettement total de l’AFP à l’horizon 2027, nous imposant un nouveau tour de vis austéritaire. Désendettement prévu sur 2022/2023 = 16,5 M€, soit plus de 8 M€/an [3]. Nettement plus que le prix de nos demandes NAO !

Projet néfaste, mais logique dans la perspective de capitalisation de l’Agence qui s’imposera à l’horizon 2024/2025, sauf si l’on décide de désobéir aux règles de concurrence libre et non faussée chères à Bruxelles et Bercy. Fabrice Fries l’avait d’ailleurs annoncé en 2018, avant d’être désigné comme PDG [4].

Le personnel et ses représentants sont mis devant un choix : accepter cette logique financière et antisociale ou, au contraire, défendre nos intérêts de salariés et de citoyens attachés à la raison d’être de l’AFP : fournir aux usagers du monde entier une information la plus exacte et complète possible, sans tomber sous l’influence des pouvoirs politiques ou financiers.

C’est pourquoi SUD réaffirme que la NAO 2021 doit essentiellement servir à préserver nos revenus face à l’inflation. Pour les vagues promesses d’éventuels bonbons supplémentaires, liés à la « participation » ou à nos opaques contrats commerciaux avec des GAFAM, nous verrons en 2022…

La troisième et dernière réunion NAO est prévue le 8 décembre.

Paris, le 3 décembre 2021
SUD-AFP (Solidaires-Unitaires-Démocratiques)
contact@sud-afp.org


[1Cf. notre précédent communiqué NAO 2021

[2Cf. communiqué SUD - S’appuyant sur l’opacité de la mesure du « coût » des MIG, la direction et Bercy ont eu recours à un tour de passe-passe pour affirmer qu’il y a eu surcompensation en 2019/2020. Cette manœuvre consiste à intégrer dans la période 2019-2023 le financement du Plan Fries (17 M€, dont 13 M€ pour payer la suppression nette de 95 postes via le « Plan de départs volontaires »). Nous serons forcément amenés à revenir sur ce point, car Bruxelles demandera que l’AFP rembourse à l’État la surcompensation cumulée sur la période 2019-2023 (tout en laissant de côté les 19,7 M€ de sous-compensation sur la période 2015-2018).

[3Cf. « La direction de l’AFP auditionnée à l’Assemblée », Intranet Aurore, 2 décembre 2021

[4Cf. notre analyse du Plan Fries, qui reste pour l’essentiel d’actualité.