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Souffrance au travail : SUD lance une alerte

vendredi 28 novembre 2025

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Un élu du syndicat SUD a lancé vendredi une alerte pour atteinte aux droits des personnes, à la suite de la diffusion depuis lundi d’une pétition anonyme, parfois relayée par des encadrants à leurs équipes, sur le thème de la souffrance au travail.
Cette pétition, intitulée « Expression collective de soutien à l’Agence et appel à une vision plus équilibrée de la réalité interne », pose de nombreux problèmes et risque d’aggraver les actuelles tensions au sein de l’AFP.
Le lancement de cette alerte pour atteinte aux droits des personnes a été décidé en raison de l’absence de réponse de la part de la direction, malgré les sollicitations de plusieurs organisations syndicales dans le courant de la semaine, et à la suite du refus manifeste exprimé vendredi en CSE par le président de l’AFP d’enquêter sur cette pétition.
Voici ci-dessous le courrier que l’élu a adressé au PDG afin de lancer cette alerte visant à préserver la santé et la sécurité du personnel :

Alerte au titre de l’article L.2312-59 du Code du travail – Atteinte aux droits des personnes / santé / libertés individuelles
Monsieur le président,
Conformément à l’article L.2312-59 du Code du travail, je vous adresse une alerte relative à une situation susceptible de constituer une atteinte aux droits des personnes, à la santé physique ou mentale, ou aux libertés individuelles, en lien avec les conditions de travail, l’organisation du travail ou les relations interpersonnelles au sein de l’entreprise.

  1. Il s’agit d’une pétition anonyme qui a commencé à être diffusée le lundi 24 novembre 2025 (date des premiers signalements par des salariés aux élus du personnel) et qui a suscité le trouble au sein du personnel de notre entreprise.
  2. Ce texte intitulé « Expression collective de soutien à l’Agence et appel à une vision plus équilibrée de la réalité interne » est non seulement problématique mais son appel à signature était accompagné d’un lien cliquable qui transférait vers une page Google Forms permettant de signer la pétition.

Cette initiative anonyme a non seulement choqué bon nombre de salariés mais elle a eu des effets particulièrement délétères sur les salariés qui sont déjà en souffrance, et notamment ceux qui ont saisi l’Inspection du travail.
Des salariés nous ont contactés pour dire qu’ils avaient été blessés, voire s’étaient sentis directement visés par la pétition anonyme car ils pourraient être jugés comme responsables d’une dégradation de l’image de leur entreprise. Ils sont en quelque sorte stigmatisées.

Alors qu’on évoque un risque suicidaire, cette pétition pourrait aggraver ce risque.

On peut notamment souligner que la pétition entend défendre l’image de l’AFP au nom d’un attachement à l’entreprise.

Or, on sait que certains salariés dit "en souffrance" ont justement vécu un traumatisme du fait qu’ils se sont retrouvés en conflit avec la direction d’une entreprise pour laquelle ils ont souvent beaucoup donné et à laquelle ils sont justement eux-mêmes très attachés.

Même les personnes qui ne se sentent pas concernées par la souffrance au travail, ou qui ne souffrent pas, pourraient se sentir sous pression car la pétition pourrait ressembler à un "test de loyauté" envers l’AFP.

- Il faut aussi souligner que cette pétition renvoyait à un lien Google Forms sur lequel les salariés sont invités à donner leurs noms, prénoms et adresse mail professionnelle.

Cette pétition pose donc un problème sur la forme, car étant anonyme, rien ne dit qu’elle ne provient pas d’une entité extérieure à l’agence et qu’elle vise à récupérer des données personnelles (Possible infraction aux règles de la RGPD) et même si elle venait d’une initiative d’un ou plusieurs salariés de l’AFP, le problème de la confidentialité resterait problématique.

Enfin, il pourrait y avoir plusieurs infractions au règlement intérieur de l’AFP et notamment à la charte informatique.

- Plus en détail, cette pétition pose plusieurs problèmes listés ci-dessous :

– critique publiquement des témoignages de salariés évoquant des situations de souffrance, en laissant entendre qu’ils « ne reflètent pas la réalité », qu’ils seraient « alarmistes », « interprétés comme des problèmes structurels » ou ne correspondraient pas à l’expérience de la majorité ;

– invite les salariés à diffuser cette pétition et à s’associer à une « expression collective » visant à contester la légitimité ou la portée des signalements exprimés par certains collègues ;

– minimise explicitement l’existence de situations individuelles « parfois difficiles », en opposant ces situations à une « vision plus équilibrée », ce qui peut être perçu comme une remise en cause de la parole de salariés ayant alerté sur leur santé ou sur leurs conditions de travail ;

– peut créer, pour les salariés concernés par ces difficultés, un sentiment de mise en cause, de disqualification de leur parole, ou de pression sociale pour ne pas signaler de situations de souffrance.

Ces éléments sont susceptibles de constituer :
– une atteinte au droit d’expression individuelle garanti par le Code du travail ;
– une atteinte à la dignité dès lors que des situations personnelles de souffrance ou de détresse sont implicitement relativisées ou opposées à un discours collectif ;
– un risque de pression ou d’influence sur la liberté de témoigner, de signaler un risque, ou de formuler une alerte ;
– un risque pour la santé mentale des personnes ayant témoigné ou s’apprêtant à le faire, du fait d’un environnement dissuasif ou invalidant.

Les conséquences prévisibles de cette pétition

Les faits décrits sont susceptibles d’entraîner plusieurs impacts :
– un effet dissuasif sur les salariés souhaitant faire part de difficultés, déposer un signalement ou solliciter un soutien, par crainte de voir leur parole publiquement relativisée ou opposée à une « majorité silencieuse » ;
– une aggravation de la souffrance des salariés concernés, qui peuvent percevoir le texte comme une contestation de la réalité de leur situation, un manque de reconnaissance, ou une mise en doute de leur sincérité ;

– une atteinte au climat social, en créant une polarisation entre « majorité silencieuse » et salariés en difficulté, au détriment d’un traitement impartial et individualisé des situations ;

– un risque de banalisation ou d’invisibilisation de problématiques de santé mentale ou de risques psychosociaux ;

– une possible entrave au droit d’alerte ou au processus de prévention, dès lors qu’une mobilisation collective visant à contester des témoignages individuels peut influencer la capacité des salariés à exercer leurs droits.

Au regard de tous ces éléments,
Je vous demande, Monsieur le Président, dans le cadre de la procédure d’alerte prévue par l’article L.2312-59, d’examiner sans délai cette situation et de m’informer des mesures que vous envisagez pour y mettre un terme.
Je vous demande par ailleurs de vous assurer auprès du Directeur des systèmes d’information (DSI) de l’AFP de s’assurer que tous les éléments de preuve informatiques concernant la diffusion de cette pétition soient immédiatement préservés si cela n’a pas déjà été fait.

Bien respectueusement,