La direction a informé la semaine dernière les organisations syndicales que 34 salariés de statut siège avaient choisi de prendre le dispositif d’incitation au départ à la retraite, lancé le 8 octobre 2025, et qu’elle prévoyait également une douzaine de départs dans le réseau parmi les salariés de statut local. Les détails des services concernés par ces départs devraient être communiqués lors du CSE du 19 décembre.
Si son objectif de faire partir environ 70 salariés dans le réseau n’est pas atteint, la direction a en revanche presque rempli celui de 40 départs dans la région France. Mais reste la véritable inconnue : combien de ces postes ne seront pas remplacés et quels services seront impactés au final ?
En juillet, la direction affirmait viser « 100% de non-remplacement » tout en maintenant le flou pour ne pas enflammer les esprits. L’objectif était alors de réaliser plusieurs millions d’euros d’économies pour compenser une chute des recettes commerciales. Dans sa vidéo lugubre du 13 juin 2025, le PDG s’inquiétait en particulier de la possible perte des contrats de fact-checking avec Meta hors des États-Unis.
Aux dernières nouvelles, le contrat Meta tient toujours et le scénario catastrophe envisagé par la direction semble écarté… et pourtant ! La cure d’austérité est toujours de mise et la direction souhaite aller au maximum des suppressions possibles. Certes certains postes seront maintenus, notamment dans les services techniques, mais SUD craint le pire : une vague de suppressions de postes dans la rédaction.
Nous avons appris que l’encadrement avait déjà été sollicité pour réfléchir à la suppression de dix postes au desk francophone unique et de cinq postes dans les services de production parisiens, auxquels s’ajouteront des coupes dans d’autres services.
Risque d’une perte de sens du travail
Nous avons déjà eu un avant-goût de l’avenir amer qui nous attend à travers plusieurs dossiers : obnubilée par sa quête de postes vacants ne méritant pas d’être pourvus, la direction n’hésite pas à mélanger opportunisme et cynisme quand il le faut, à l’image de sa tentative de suppression d’un poste d’assistante dans un bureau de province après un décès cette année. Elle en profite alors pour lancer l’idée d’une « mutualisation » des tâches entre les assistant.e.s, comme si leur travail, au fond, n’avait pas trop de valeur et pouvait subitement être réduit drastiquement pour faire des économies.
Si la tentative a échoué et qu’une embauche aura finalement bien lieu, le manque de vision et d’empathie de la direction laisse songeur. Il aura fallu l’insistance de certains syndicats, notamment de SUD, pour obtenir gain de cause. Nous avons réclamé sans relâche des réponses claires à la direction sur ses projets, tout en dénonçant la tentative de contournement des représentants du personnel pour lancer en douce des réorganisations, ici via des « mutualisations », en profitant de la bonne volonté des salariés.
Autre service touché : le labo Photo. Un CDD, qui assurait avec compétence l’intérim d’un laborantin depuis un grave accident survenu il y a trois ans, devrait être remercié en décembre. Le poste est purement et simplement supprimé. Face à la stupeur de l’équipe qui passerait brusquement de cinq à quatre personnes, la DRH n’a alors pas d’autre idée que d’envoyer sur-le-champ un courriel à la direction photo pour ordonner une réduction de la production de 20%. En quelques clics, voilà un service vu comme une vitrine d’excellence dans la mise en valeur des produits photo de l’agence amputé d’une partie de son travail. Un vrai cas d’école de cynisme et d’opportunisme managérial qui règne à l’AFP et sur l’incapacité d’une direction à réaliser à quel point la perte de sens de leur travail peut provoquer de la souffrance chez les salariés.
Même constat aux desks hispanophones à Paris : trois CDD qui travaillent à temps plein depuis des années, et qui prennent régulièrement le relais au poste de chef de vacation en fin de journée, découvrent soudain qu’ils n’auront plus de contrat à partir de janvier, sans solution de reclassement. Et comment faire pour faire tourner ces services déjà au bord de l’explosion ?
Conseil de la direction : il faut s’accoutumer !
Stupeur aussi au service data-visualisation : les journalistes viennent d’apprendre qu’un graphiste de Montevideo a quitté l’agence, après deux décennies de bons et loyaux services. Aucune annonce anticipée de son départ, aucune planification, aucune réflexion sur la manière de s’organiser. Il faudra se contenter d’un pigiste n’ayant même pas accès aux systèmes de l’AFP. Face à l’anxiété du service, la direction déclare alors : on vit dans un monde incertain, il faut s’accoutumer ! Rien de tel pour entretenir l’inquiétude et préparer les esprits au pire… Et à accepter les sacrifices à venir ?
Les semaines passent, et les nouvelles inquiétantes se multiplient ici et là, comme, par exemple, ces licenciements brutaux de salariés en Amérique latine. La direction explique qu’il y a eu des manquements, mais la hache s’abat comme par hasard sur des salariés ayant une très grande ancienneté.
Pendant ce temps, la direction jure qu’elle veut mettre un terme à la souffrance au travail… et promet de répondre aux cas soulevés par l’inspection du travail à Paris, qui accumule les dossiers. On cherche à éviter le scandale après des articles de presse qui sont opportunément passés sous silence, y compris dans la revue de presse quotidienne de la direction. Et quand un élu (SUD) réclame une enquête sur une pétition anonyme qui semble minimiser les cas de souffrance au travail, le PDG invoque “la liberté d’expression”.
Cela ne présage rien de bon pour les réorganisations à venir. La direction a toutefois accepté la demande des syndicats, dont SUD, de recourir à un expert chargé d’examiner ces projets, afin de prévenir toute surcharge de travail des salariés et l’apparition de nouveaux risques psychosociaux.
La solidarité entre salariés devient vitale !
Mépris des salariés, contournement des élus, gestion chaotique des réorganisations, communication défaillante, même quand il s’agit de changer quelques fenêtres ou réparer les toilettes… la direction actuelle de l’AFP s’enfonce toujours plus bas et semble incapable de rassurer le personnel.
Face à ces manquements, la solidarité entre salariés devient vitale pour résister à la perte de nos valeurs, du sens de notre mission, à l’absence de vision stratégique d’une direction à bout de souffle, qui ne conçoit le salut de l’agence qu’à travers les suppressions de postes et le développement de l’IA.
Devant un tel tableau, on comprend que certains aient préféré prendre le plan de départ pour quitter une agence qu’ils ne reconnaissent plus. Mais ceux qui restent n’ont pas d’autre choix que de résister à ce que la direction présente comme inéluctable et de rejeter le poison de l’incertitude qu’elle instille partout. Les salariés doivent se battre. SUD sera toujours à leurs côtés.
Paris, le 11 décembre 2025
SUD-AFP (Solidaires-Unitaires-Démocratiques)
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