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Ratages éditoriaux et démarrages au ralenti : que la direction assume !

lundi 16 février 2026

La direction vient de faire passer le message aux chefs de la rédaction : l’AFP n’est plus ce qu’elle était, elle perd en réactivité. Sans remettre en cause le diagnostic, nous déplorons l’absence de remise en cause de ceux qui nous dirigent depuis tant d’années et qui ont multiplié les « réformes » et les changements de consignes. Avec toujours, comme mot d’ordre « s’il y a des ratages, nous assumerons ». Alors, maintenant, assumez !

Depuis fort longtemps, certaines organisations syndicales, dont SUD, avaient alerté sur le risque que font peser les changements d’organisation et les suppressions de postes dans la rédaction, en particulier pour la partie texte, sur la qualité de notre couverture.

A chaque fois, nous avions souligné les conséquences néfastes de décisions souvent prises pour des motifs purement économiques et court-termistes. Si nous sommes moins nombreux, si nous produisons moins, ou moins bien, cela pourrait mécontenter nos clients.

Il n’y a qu’à voir la chute du nombre de dépêches sur les fils (notamment en français et en anglais) en moins d’une décennie, selon les propres chiffres de la direction.

La direction, par la voix de son directeur de l’information, s’est de son côté toujours voulu rassurante : nous faisons un travail formidable et aucun client ne s’est jamais plaint de la qualité éditoriale ; s’ils se désabonnent, c’est uniquement pour des problèmes d’argent. Pourtant aujourd’hui, la rédaction en chef centrale « sonne l’alarme générale » car nous serions « en perte critique de réactivité »… à tel point que des clients se plaignent. Mais de qui se moque-t-on ?!

Lors d’une réunion avec des chefs de service, on explique même que cette perte de réactivité ne serait pas nouvelle mais qu’elle remonterait aux années Covid. Le sous-entendu est clair et le coupable tout trouvé : le télétravail !

S’il ne faut pas nier que le télétravail ait pu jouer un rôle, est-il vraiment le seul responsable ? Ces « années Covid », ne coïncideraient-elles pas également avec la mise en place des pôles au sein de la rédaction parisienne, qui ont certes pu créer des synergies mais également déstabiliser la rédaction, notamment en séparant des rubricards qui travaillaient ensemble ?

Cette période n’est-elle pas également celle de la mise en place du Desk francophone unique au second étage du siège de l’AFP, qui s’est soldée par la séparation physique des desks et de la redchef ? Et la direction aurait-elle oublié au passage qu’elle a encouragé le télétravail quand cela l’arrangeait pour réaliser les travaux de réaménagement du siège ? Ou encore de la généralisation du global shift avec des journalistes à l’autre bout du monde qui doivent parfois récupérer une breaking news française ?

Ces années ne sont-elles pas aussi celles où la direction n’a cessé de marteler qu’il fallait produire moins et faire plus de papiers longs et enrichis ? Où elle a estimé qu’il fallait passer directement de l’urgent au papier général, et de limiter les « petits factuels ». Des consignes sur lesquelles nous sommes en train de revenir.

Aujourd’hui, on nous dit qu’il faut traiter plus rapidement les communiqués, alors que depuis des mois, on nous dit que bientôt l’IA sera peut-être capable d’en extraire les infos et que nous devons nous focaliser sur le terrain !

S’il faut faire des choix, il faut les assumer

À diffuser de tels messages, à multiplier les injonctions contradictoires et à dénigrer ─ involontairement nous l’espérons ─ une partie de notre travail, il ne faut pas s’étonner des conséquences.

Quand tous les services doivent se serrer la ceinture et réduire au maximum les dépenses, faut-il s’étonner que les bureaux n’aient parfois ni les effectifs ni les moyens d’envoyer quelqu’un en mission à plus de deux heures de route ?

Ne voit-on pas que de nombreuses réorganisations pour faire des économies, comme celle de l’Infographie pour créer Data Visualisation et surtout supprimer la Documentation, ont eu pour conséquences de voir des produits disparaître ou être négligés ?

Et que dire de l’absence de vision stratégique, comme par exemple sur les podcasts ou le Labo Photo, qui décourage les meilleures volontés.

La direction ne cesse de dire qu’il faut faire des choix, et maintenant, elle nous dit qu’on a fait de mauvais choix. Comme c’est facile…

Le lundi, vous coûtez trop cher. Le mardi, vous êtes trop lents. Et la semaine prochaine ? On va supprimer des postes, limiter la mobilité, laisser sur le carreau des CDD qui s’étaient investis pour l’AFP ! N’y a-t-il donc aucune leçon à tirer du passé pour mieux préparer l’avenir ?

L’erreur est humaine et il serait de bon ton que la direction reconnaisse les siennes. Dire qu’on assumera les ratages, puis se défausser sur le Covid sans remettre en cause les décisions ni les consignes passées, cela tient plus de la faiblesse que du leadership.

En français, ceux qui tiennent les rênes sont également définis par le terme « les responsables ». Alors, maintenant, assumez vos responsabilités !

Paris, le 16 février 2026

SUD-AFP (Solidaires-Unitaires-Démocratiques)