Au football, les règles du jeu sont connues et appliquées indifféremment à tous les joueurs. Mais pour les équipes de l’AFP qui couvrent le Mondial-2026, le coup d’envoi est donné avec des règles floues et inéquitables sur le remboursement des frais professionnels, et c’est inacceptable pour SUD.
La couverture de ce Mondial avait déjà fait des vagues au sein de l’AFP en raison de la baisse des moyens accordés pour cette édition, qui s’annonçait pourtant beaucoup plus lourde en raison de l’augmentation du nombre d’équipes et de matchs et de l’éclatement de la compétition sur trois immenses pays : Mexique, Etats-Unis et Canada. (Voir tract SUD du 2 février 2026 - “Mondial-2026 : l’art du dribble”)
Invité par les syndicats (et sur l’insistance de SUD) à venir s’expliquer devant le CSE du 17 avril, le directeur des Grands Événements à l’AFP a reconnu une baisse de 20% du budget du Mondial par rapport à l’édition 2022, qui s’était déroulée dans une zone compacte au Qatar. De nombreux aspects de l’organisation de la couverture et des conditions de travail des salariés ont été abordés lors de ce CSE, mais pas la question des frais professionnels.
Depuis longtemps, l’usage veut que les journalistes envoyés en mission sur un grand événement (Mondial, JO, Tour de France, etc.) reçoivent des per diem (forfait quotidien) pour être indemnisés de leurs frais professionnels. Un système plus confortable car il évite aux journalistes de réclamer et collecter chaque jour des notes de frais, alors qu’ils ont le nez dans le guidon pour remplir leur mission.
Pas de per diem pour les locaux
Sauf que pour faire des économies, l’AFP a cette fois-ci décidé de réduire le nombre d’envoyés spéciaux affectés à cette Coupe du monde en faisant massivement appel aux salariés déjà basés dans les trois pays organisateurs. Une soixantaine de journalistes (Mexico, Los Angeles, Miami, New York, etc.) vont ainsi être amenés à couvrir des matchs, parfois pendant plusieurs jours, comme le feraient des envoyés spéciaux.
Quelle ne fut donc pas notre surprise quand SUD a découvert que certains de ces salariés, ceux qui ne sortiront pas de leur zone de couverture habituelle (et ils sont nombreux), n’allaient pas bénéficier de per diem comme les envoyés spéciaux venus de France ou d’ailleurs.
Pire, au motif qu’ils jouent à domicile, ces salariés AFP ne bénéficieront même pas de la prise en charge de leurs repas dans les stades ou aux abords des camps de base des équipes. Un régime strict appliqué à tous les salariés des bureaux concernés, y compris aux expatriés de droit français.
Cette situation scandaleuse a poussé SUD à mobiliser l’intersyndicale afin d’interpeller la direction et à réclamer un traitement identique pour tous les salariés, qu’ils travaillent dans leur zone ou qu’ils soient envoyés spéciaux. L’attribution de per diem pour des journalistes vivant sur place se justifie d’autant plus qu’elle avait été appliquée pour les Jeux olympiques de 2024, où même les journalistes qui rentraient chez eux le soir à Paris avaient reçu une indemnité de 50 euros par jour.
Les syndicats, avec le soutien de la Guilde aux Etats-Unis, ont réclamé que tous les journalistes et techniciens mobilisés sur le Mondial soient au moins indemnisés pour leurs frais de restauration sachant qu’ils allaient subir des journées de travail très longues et fatigantes, bloqués dans des stades où la Fifa fait payer à prix d’or ses sandwichs.
Lors du CSE du 22 mai, la direction a reconnu la différence de traitement et a fini par accepter que les journalistes soient au moins remboursés de leurs repas sur présentation d’une facture. Ouf ! L’affaire pourrait donc être considérée comme réglée, sauf que la confiance n’étant plus de mise avec la direction, SUD a réclamé une confirmation écrite.
Des économies sur le dos des salariés
Las ! Après deux mails à la direction, SUD n’a toujours pas reçu confirmation, au jour du lancement du Mondial, que l’ensemble des frais sur le terrain serait bien pris en charge par l’AFP. Pour les salariés du Mexique et du Canada, on ne sait pas si les frais de restauration sont inclus dans le périmètre des indemnités. Même chose pour les techniciens US, tandis que pour les journalistes de droit américain, la direction met en avant qu’ils bénéficient déjà des conditions de la Guilde. Sauf que la Guilde ne prévoit pas le remboursement des frais de restauration des journalistes qui restent dans leur État !
La direction semble donc vouloir faire tourner le ballon et épuiser la patience des syndicats. Une attitude qui pourrait faire croire qu’elle compte bien en réalité glaner de petites économies sur le dos des salariés chargés de la couverture du Mondial et vivant sur place.
La situation est d’autant plus confuse que SUD a appris entre-temps que les salariés de certains desks dédiés au Mondial, notamment Photo et Vidéo à Paris, Bogota ou Hong Kong, allaient recevoir des per diem, de même que les deskeurs américains de Los Angeles, pourtant soumis aux règles de la Guilde. Comprenne qui pourra !
SUD réclame donc à nouveau que les frais de repas soient pris en charge pour tous les salariés couvrant le Mondial, qu’ils soient techniciens ou journalistes, quels que soient leur contrat et leur ville d’affectation. SUD demande aussi la publication d’une note claire listant les compétitions où le système des per diem est en vigueur ainsi que les conditions de leur attribution.
La direction a voulu faire croire - notamment sur le dossier de l’expatriation, quand elle était menacée par une motion de défiance - qu’elle souhaitait réduire les inégalités de traitement dans le réseau, mais force est de constater que ses actes disent le contraire : elle perpétue les injustices en attribuant des avantages aux uns mais pas aux autres, et en entretenant l’opacité.
SUD refuse cette situation et continuera à se battre avec force.
Paris, le 11 juin 2026
SUD-AFP (Solidaires-Unitaires-Démocratiques)
SUD-AFP