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Réforme de l’expatriation, le passage en force

mercredi 24 juin 2026

L’issue du combat faisait peu de doute mais le coup de force est quand même rude pour les journalistes de l’AFP : la réforme de l’expatriation a été entérinée lors du CSE du 19 juin 2026. Malgré le refus d’une partie des représentants du personnel à rendre un avis sur le projet, une étape obligatoire pour toute réorganisation présentée en CSE, le vote a bien eu lieu, laissant la direction libre de mettre en œuvre immédiatement sa réforme de la mobilité internationale.

Ses principales conséquences : la réduction drastique du nombre de postes en expatriation “classique”, baptisée Mobilité Plus, et aussi l’introduction d’un nouveau statut, Mobilité (simple), qui permettra à des salariés (notamment en France) de partir travailler à l’étranger mais sous statut local, avec un salaire local amélioré.

Pour faire six millions d’euros d’économies, la direction entend ainsi ne conserver à terme qu’une centaine de postes en expatriation (Mobilité Plus) contre les quelque 275 postes en expatriation - expatriés statut siège et contrats régionaux - qui existaient encore en 2025 et les 269 postes prévus au budget 2026.

La plupart des autres postes d’expatriation actuels (mais pas tous) basculeront eux sur le statut Mobilité (simple) ce qui représentera à terme 130 à 150 postes. Sous ce statut, le salarié (venant de France ou d’ailleurs) signera un contrat local, avec un salaire correspondant à ceux pratiqués dans le pays d’accueil, mais ajusté à la discrétion de la direction selon le profil du candidat.

À ce salaire local s’ajouterait une “prime de mobilité” et éventuellement une prime de fonction pour les encadrants. Mais pas de subvention pour le logement comme pour les expatriés, la direction ayant seulement accepté de participer aux frais de scolarité.

Opacité dans les rémunérations

SUD, avec d’autres syndicats, avaient soulevé, lors du CSE du 22 mai, que l’un des problèmes majeurs de cette réforme de l’expatriation était l’opacité des rémunérations en vigueur dans le réseau. Nous avions donc réclamé les grilles ou les fourchettes de salaires qui sont appliquées dans les différents pays où l’AFP prévoit des postes en Mobilité (simple).

Sans ces repères, les salariés qui voudront candidater sur les postes en Mobilité (simple) vont se retrouver à aller négocier à l’aveugle face à une direction en position de force pour imposer une rémunération.

Pour SUD, le risque est grand de voir se mettre en place des rémunérations à la carte, à la tête du salarié, sans compter de possibles inégalités femmes / hommes. Un risque que nous refusons de prendre. En France, tous les salariés peuvent accéder facilement aux grilles de rémunération qui se trouvent dans l’accord d’entreprise de l’AFP.

Sans informations essentielles, SUD a refusé de voter

Face au refus de la direction de communiquer sur ce sujet, au prétexte que “dans beaucoup de pays ces grilles n’existent d’ailleurs pas”, SUD a donc de nouveau refusé, lors du CSE du 19 juin, de voter sur le projet de réforme au motif que l’absence d’éléments objectifs sur la rémunération empêchait les élus du personnel de rendre un avis éclairé.

Après avoir évoqué la frustration des salariés locaux qui se plaignent d’une inégalité de traitement avec leurs collègues en expatriation, la direction avait eu le culot de présenter sa réforme de l’expatriation comme un moyen aussi de remettre un peu d’équité dans le réseau.

Elle ne fait en réalité qu’entretenir l’opacité des rémunérations dans le réseau ce qui perpétuera probablement les inégalités entre les statuts. L’argument sur la réduction des inégalités était sans doute utile au moment où les débats faisaient rage lors du vote de la motion de défiance envers la direction que les syndicats français avaient organisée au mois d’avril.

Autre document que la direction a refusé de transmettre aux élus : la liste complète des postes en Mobilité Plus (expatriation) et en Mobilité simple. La direction a seulement accepté de fournir la liste des postes qui seront ouverts à la mobilité jusqu’à fin 2027, arguant que “la liste pourrait évoluer” et qu’il fallait de la “flexibilité”.

SUD ne conteste pas à la direction le droit de faire évoluer tel ou tel poste en Mobilité Plus ou la Mobilité simple, en fonction notamment de la situation dans les pays concernés. Mais nous estimons aussi que les élus du personnel doivent avoir dès l’examen de la réforme une liste complète, telle une “organisation cible”, afin de mieux appréhender les conséquences de la réforme sur l’ensemble du réseau et plus tard, voir les évolutions du nombre de postes selon le statut.

Malheureusement, la direction est restée intransigeante et a sollicité un vote. Les élus de SUD et un élu du SNJ ont refusé de voter mais les autres ont préféré voter contre. Conséquence : le CSE a rendu son avis et la page est tournée.

Des réformes à marche forcée

De son côté, le PDG a rappelé la nécessité de la réforme vu la situation économique de l’agence, tout en affirmant que son diagnostic n’avait jamais été contesté.

“Je maintiens que c’est une réforme nécessaire, juste et bien équilibrée”, a déclaré Fabrice Fries qui a aussi chaleureusement félicité le directeur adjoint de l’Information chargé des projets d’organisation pour son travail de pilotage de la réforme. Le directeur de l’Information était quant à lui de nouveau absent des débats sur cette réforme qui va sans doute changer la face de l’AFP pour des décennies à venir et peut-être gripper la mobilité dans tout le réseau.

La direction semble donc bien décidée à continuer à empiler les réformes, puisque, à peine le sujet de l’expatriation s’achève, qu’elle se lance dans une nouvelle révolution avec son “pool réactivité” où seront désormais basculés tous les journalistes francophones texte sans affectation.

La rédaction doit réagir et ne pas laisser les réformes s’enchaîner à marche forcée.

Paris, le 19 juin 2026

SUD-AFP (Solidaires-Unitaires-Démocratiques)