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Non, M. Fries, une grève n’est pas un chantage L’appauvrissement n’est pas une stratégie d’entreprise

lundi 6 juillet 2026

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Nos collègues en Turquie ont entamé aujourd’hui une grève illimitée pour restaurer une partie de la perte vertigineuse de leur pouvoir d’achat. SUD exprime sa totale solidarité avec leur démarche. Entrer en grève n’est jamais une décision facile. C’est l’ultime recours pour les salariés afin d’obtenir une amélioration de leur rémunération et/ou de leurs conditions de travail après l’échec des négociations.

Il ne s’agit pas d’un « chantage », comme l’a pourtant affirmé notre PDG lors de la réunion mensuelle avec les représentants du personnel vendredi dernier.

« …nous n’avons aucune intention de réviser notre offre à la hausse particulièrement à l’occasion d’une forme de chantage liée à la couverture d’un élément international », a déclaré M. Fries au CSE, alors que SUD l’interrogeait sur la grève imminente précédant le sommet de l’OTAN des 7 et 8 juillet à Ankara.

Comme l’ont expliqué nos collègues turcs, le droit de grève en Turquie est conditionné par l’échec des négociations. Les pourparlers salariaux ont échoué et leur grève est légale. Nous travaillons dans le secteur de l’information. Déplorer qu’une grève coïncide avec un événement d’actualité majeur est, à nos yeux, indigne de la direction de l’AFP.

C’est aussi une attitude cynique. Elle présente les salariés qui luttent pour récupérer leur pouvoir d’achat perdu comme des employés déloyaux, prêts à nuire à l’AFP pour leur intérêt personnel. Cette caricature est inacceptable.

La direction porte manifestement une responsabilité bien plus lourde dans la situation actuelle et, de l’avis de SUD, n’a pas fait preuve de loyauté envers le personnel, que ce soit en Turquie ou ailleurs dans le réseau.

M. Fries a indiqué aux représentants du personnel français que les salaires en Turquie avaient augmenté de 251 % depuis 2020, cherchant manifestement à donner l’impression que l’AFP traitait bien ses employés sur place. Nos collègues turcs ne contestent pas ce chiffre, mais soulignent que, selon le calculateur officiel d’inflation de la Banque centrale de Turquie, les prix ont augmenté de plus de 800 % sur la même période.

Du chantage, dites-vous ?

« Comme vous le savez à l’AFP, on ne compense jamais, très rarement, intégralement l’inflation parce qu’on n’en a pas les moyens », a déclaré M. Fries aux représentants du personnel français la semaine dernière.

Le manque de moyens de l’AFP n’est pas une fatalité immuable. C’est aussi le fruit de choix stratégiques opérés par la direction concernant les priorités de financement et les négociations avec l’État français sur notre plan de financement quinquennal. Elle trouve les fonds nécessaires à ses projets coûteux, dépensant des millions supplémentaires pour transférer du personnel d’une ville sûre et relativement peu onéreuse vers des lieux dangereux, non démocratiques et chers.

M. Fries a souligné que le personnel, dans de nombreuses régions du monde, a vu son pouvoir d’achat s’éroder. Personne ne le conteste. Les salariés de tout le réseau en font l’expérience. Le phénomène est devenu si manifeste qu’il semble relever d’une décision stratégique : maintenir la couverture mondiale de l’AFP au prix d’une baisse des salaires réels.

« Je répète, nous ne pouvons pas rattraper toute l’inflation systématiquement ou alors il faut qu’on ajuste les effectifs… »

Et là, Monsieur Fries, comment ne pas voir dans vos propos le vrai chantage de cette affaire, celui du chantage à l’emploi ?

Le personnel en Turquie mérite mieux que des leçons de loyauté. Ces salariés, tout comme l’ensemble du personnel de l’AFP, méritent de voir leur pouvoir d’achat – et leur dignité – rétablis après avoir subi ce qui équivaut, dans les faits, à une baisse de salaire. Nous ne devons pas nous laisser abuser par la communication de la direction ni céder à ses menaces. Nos collègues turcs méritent notre soutien total.

L’appauvrissement ne saurait constituer une stratégie d’entreprise.

Paris, le 6 juillet 2026

SUD-AFP (Solidaires-Unitaires-Démocratiques)