La direction a récemment publié la première série de postes à pourvoir dans le cadre du nouveau dispositif de mobilité internationale, qu’elle a imposé en dépit de l’opposition des syndicats. Il n’a pas fallu attendre longtemps pour voir certaines de nos craintes se concrétiser. Un journaliste a pris connaissance des conditions liées à l’un de ces postes ; non seulement celles-ci ont déçu le candidat sur le plan financier, mais elles se sont révélées trompeuses. Elles laissent craindre que la direction réduise les garanties de retour en France et recourt à des pratiques discriminatoires pour limiter le nombre de candidatures. Les journalistes doivent se mobiliser contre cette réforme car elle réduit clairement nos perspectives professionnelles et fragilise nos garanties collectives.
Avec l’objectif affiché de la direction de réaliser une économie de 6 millions d’euros, la réduction des conditions financières proposées aux candidats, dans les cas de Mobilité simple, va inévitablement entraîner des déceptions, puisque le logement n’est plus pris en charge. Autre changement majeur : ces contrats sont de statut local et prévoient une rémunération dans la devise du pays. Les journalistes s’exposent ainsi au risque d’inflation, qui peut être élevé dans certains pays comme la Turquie, ou au risque de dévaluation de la monnaie locale.
Le message des ressources humaines (RH) adressé à un journaliste reconnaissait cette préoccupation : « Nous sommes bien conscients de la forte inflation en Turquie et de la dévaluation de la livre turque (qui se stabilise néanmoins depuis 1 an). C’est la raison pour laquelle, chaque année, des mesures de compensation des salaires importantes ont été prises et appliquées à tout le bureau. Ainsi, sur les 2 dernières années, l’inflation ayant été particulièrement élevée, nous l’avons compensée intégralement +2% (une mesure inédite pour l’Agence). »
C’est la vérité, mais pas toute la vérité.
Le contrat qui garantissait des augmentations de salaire supérieures à l’inflation n’est plus en vigueur, et nos collègues turcs sont actuellement en grève parce que la direction refuse de poursuivre ces hausses. Alors que l’inflation réelle avoisine les 50% en Turquie, l’AFP refuse de compenser l’inflation officielle, qui se situe autour de 30%. SUD soutient pleinement la grève de nos collègues turcs visant à obtenir une augmentation légèrement supérieure au taux d’inflation officiel, une revendication plus que légitime. Leur combat devient de plus en plus le nôtre, car la mobilité internationale s’effectue désormais de plus en plus sous le régime de contrats locaux.
La nature trompeuse des informations communiquées par la direction aux candidats est inacceptable.
Pas de garanties « élastiques » !
Dans le message des RH, cité ci-dessus, est évoquée une garantie de retour en France (sous statut siège) – la fameuse clause « élastique » – limitée aux trois premières années du contrat local, donc sans couvrir l’éventuelle prolongation de deux ans de ce contrat. Or, le projet présenté par la direction aux syndicats prévoyait une garantie de retour en France pendant la totalité des cinq années possibles du contrat local. Il s’agit soit d’une erreur grave des RH, soit d’un recul délibéré imposé par la direction. Dans les deux cas, c’est inacceptable. Nous n’accepterons pas de garanties « élastiques » !
Nous saluons le fait que le journaliste destinataire de ce message des RH ait reçu les conditions détaillées du poste avant de poser sa candidature. Il s’agit d’une pratique normale et nécessaire. Hélas, la direction ne s’y est pas engagée pour tous. Elle se réserve au contraire le droit de ne communiquer l’information complète qu’aux personnes qui postulent. Or, comme nous le constatons dans le cas de ce journaliste, elle peut fournir ces renseignements à certains avant le dépôt de la candidature. Cela ouvre la voie à des traitements inéquitables dans le processus de sélection, dans la mesure où certains pourraient être dissuadés de postuler faute de connaître les conditions financières. Cette situation est inacceptable ; nous exhortons la direction à s’engager à communiquer des informations détaillées sur les conditions financières des postes en mobilité à tous les journalistes qui en font la demande.
La direction doit reconnaître la mise en œuvre défaillante de sa réforme de la mobilité et s’engager publiquement à respecter des règles élémentaires de transparence. En 2024, SUD avait réclamé des réformes pour améliorer le processus de candidature de la mobilité, mais nous n’avons malheureusement reçu aucun soutien. Nous payons aujourd’hui le prix de cette inaction, qui a permis à la direction d’imposer sa réforme du pool réactivité. Nous craignons que celle-ci ne serve d’outil pour supprimer des postes de production à Paris. Ces projets ont certes été présentés au CSE, mais tout n’est pas perdu pour autant. Nous pouvons et devons manifester notre opposition à ces réformes. Si nous voulons défendre nos métiers, nos garanties collectives et nos perspectives professionnelles, il nous faut désormais passer à l’action.
Paris, le 16 juillet 2026
SUD-AFP (Solidaires-Unitaires-Démocratiques)
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