En février 2026, un collectif de CDD publiait une lettre ouverte au sujet de la précarité grandissante qui les frappait depuis l’annonce du plan d’économies du PDG de l’AFP. Ils et elles décrivaient alors leur profond investissement au sein de l’Agence, un engagement sans faille, qui faisait toujours passer le travail avant le confort personnel avec la conviction que tous ces efforts seraient un jour récompensés. Mais rien n’y a fait et, au contraire, leur futur vient brutalement de s’obscurcir : SUD a appris la tenue en juillet d’une réunion France où les chefs de services ont été priés de ne plus demander le moindre CDD pour cet automne. Est-ce là le coup de grâce porté à des salariés qui ont consacré, pour certains, plus de 5 ans de travail acharné à l’AFP ?
Depuis l’été 2025, la direction de l’AFP n’avait pourtant pas épargné les coups à l’encontre de ces salariés déjà à terre en recourant aux « écostats » (le non-remplacement de personnels en arrêt maladie ou en congés), en lançant la réforme de la mobilité puis celle du pool réactivité qui permettra de mobiliser davantage de journalistes staffs sur des missions (voir notre tract sur la fin du volontariat). Mais ce n’était pas suffisant pour faire des économies, alors la direction de la région France a annoncé à ses chefs de service qu’ils devront se passer de CDD à partir de septembre, et ce jusqu’en décembre 2026. Côté directions Photo et Vidéo, des réductions sont à craindre aussi mais sans confirmation officielle pour le moment.
Sacrifiés pour l’IA et les droits voisins ?
Pour SUD, la fermeture des portes de l’AFP est d’abord révoltante. À l’heure où la direction envisage d’emprunter des millions pour investir dans l’IA afin de nourrir des machines avec des briques d’information, elle ferme la porte aux journalistes en début de carrière. Pourtant, l’avenir de l’AFP ne se joue pas dans un data center : ce sont les humains qui créeront le journalisme de demain. L’indignation ne se limite pas aux organisations syndicales : de nombreux services dont le fonctionnement a longtemps reposé sur la présence de CDD voient leurs collègues dans une grande détresse et restent impuissants. Sans compter, évidemment, les graves difficultés collectives que la disparition de ces CDD va occasionner : journées à rallonge à l’approche d’une élection présidentielle, vacances refusées ou forcées, surcharge de travail telle que certains n’oseront pas accepter un arrêt de travail de peur de mettre en difficulté leurs collègues. Tout cela ne fait qu’annoncer de graves risques psychosociaux, au moment où la direction des ressources humaines fait mine de s’en préoccuper !
Mais pourquoi ce plan de licenciements « en douce » maintenant ? Dans son message du 7 juillet adressé à l’ensemble du personnel, Fabrice Fries annonce pourtant que les recettes de l’Agence devraient atteindre les objectifs fixés cette année. Nous ne sommes donc pas confrontés à un manque à gagner, qu’il soit dû à la suppression de nos comptes par les plateformes ou à la résiliation de contrats par nos clients médias. En revanche, le PDG explique que « des charges nouvelles, non connues au moment de la construction budgétaire (reversement droits voisins aux journalistes en cours de négociation et sans doute très supérieur à ce qui était budgété, nouveau chantier IA consacré à la structuration des données), nous mettent en risque de marge négative de 500 à 1.000k pour la fin d’année ». Ainsi, avant même d’emprunter des millions pour déployer l’IA, nous sacrifions déjà des personnes au profit des machines. De plus, SUD affirme que l’augmentation du budget pour payer les journalistes au titre des droits voisins était tout à fait prévisible puisque l’AFP a déjà encaissé de nouvelles sommes d’argent pour une période non couverte par notre précédent accord. Et le fait que la direction n’ait pas provisionné d’argent pour payer la « part appropriée et équitable » que la loi prévoit pour les journalistes est un choix délibéré que SUD juge irresponsable.
Une perte pour l’Agence, des risques psychosociaux accrus
Les premières victimes de la décision de notre PDG seront donc les salariés les plus vulnérables de l’Agence. Cette mécanique a d’abord écrasé les pigistes d’année en année avec des réductions drastiques des piges, alors même que la direction prétend ne pas baisser les budgets ! Maintenant, la direction envoie les CDD au chômage. En réalité, il s’agit d’une perte d’argent considérable. Combien de temps avons-nous collectivement consacré à la formation de ces CDD ? Qui remplacera les partants ? Les algorithmes généreront-ils le contenu original que le directeur de l’information prône sans relâche ? Aujourd’hui, cette valeur ajoutée reste au chaud dans les caisses de l’AFP sans revenir à ceux qui la créent. Le directeur général a mis en garde les organisations syndicales : des demandes « trop gourmandes » sur les droits voisins mèneraient l’Agence à un plan social, selon lui. Or, une telle concession ne sauvera personne. Dans quelques mois, la direction invoquera une autre raison pour justifier de nouvelles réductions de coûts.
SUD réclame à nouveau des mesures d’urgence pour que le lien tissé avec nos collègues CDD ne soit pas brutalement rompu par des économies de court terme. SUD estime que le CSE devrait déclencher une alerte économique pour contraindre la direction à fournir des explications adéquates sur la situation financière et sociale de l’Agence. Sinon la « fête » que la direction a prévu d’organiser au siège en septembre risque de se transformer en veillée funèbre.
Paris, le 23 juillet 2026
SUD-AFP (Solidaires-Unitaires-Démocratiques)
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