Après un été d’actualité intense, marqué par une canicule chronique et des mégafeux, l’heure est à la reprise. Cette rentrée coïncide avec une période importante pour l’Agence, car plusieurs négociations et projets auront un impact direct sur les salariés de l’AFP.
SUD fait le point sur les principaux dossiers de la rentrée :
NAO
La première réunion de la négociation annuelle obligatoire (NAO) s’est tenue avant l’été. Les organisations syndicales ont présenté leurs revendications. Ces discussions, qui portent essentiellement sur les salaires, reprennent le 17 septembre. La direction devrait alors indiquer ce qu’elle accepte de négocier.
Pour SUD, la priorité numéro un est de rattraper la perte de 13% de notre pouvoir d’achat depuis 2018 (selon nos calculs). Cette perte n’est pas une abstraction statistique : elle affecte directement le niveau de vie des salariés. La difficulté croissante à se loger décemment constitue également un frein à la mobilité professionnelle, au détriment des salariés comme de l’Agence.
Un tel rattrapage ne pourra certes pas se faire en une seule fois, mais il est primordial que la direction reconnaisse la nécessité de restaurer notre pouvoir d’achat et planifie des augmentations sur plusieurs années. Aujourd’hui, nos intérêts salariaux ne sont pris en compte qu’une fois les priorités de la direction satisfaites. Cela doit changer. D’autant que la marge de manœuvre financière de la direction devrait s’améliorer avec le désendettement de l’Agence prévu pour 2028.
Droits voisins
Notre accord sur les droits voisins a expiré en décembre 2024, avec un dernier paiement de 275 euros par journaliste (pour un temps plein) versé en février 2025. La direction a attendu le dernier moment pour lancer des négociations afin de trouver un nouvel accord. Elle fait depuis traîner les discussions pour éviter de verser aux journalistes la part « appropriée et équitable » (selon la loi) des revenus perçus auprès des plateformes.
Le principal problème est que l’accord de 2022 était mauvais. Nous avons reçu un pourcentage bien plus faible que nos collègues d’autres rédactions françaises. Aujourd’hui, la direction verse des larmes de crocodile et menace les organisations syndicales : à vouloir réclamer un taux de réversion équivalent à celui en vigueur dans d’autres médias, nous risquons un plan social. Voilà donc l’état du dialogue social aujourd’hui avec une direction qui va jusqu’à faire les poches de ses salariés tout en pratiquant le chantage à l’emploi !
SUD avait compris dès l’année dernière que la direction négociait en traînant des pieds. Mais les syndicats signataires de l’accord de 2022 ont souhaité faire appel à la SCAM, qui gère nos droits d’auteur, afin de nous aider. Après une année de discussions infructueuses, il ne reste plus que deux options : signer un accord au rabais (ce que SUD refusera à nouveau) ou bien saisir la Commission des droits d’auteur et des droits voisins (CDADV), qui peut trancher en l’absence d’accord. Une nouvelle réunion doit avoir lieu le 14 septembre.
RPS
La direction a dévoilé début juillet son brouillon de plan d’action post-audit Sextant sur les risques psychosociaux (RPS) et doit poursuivre ses travaux sur ce projet à l’automne. Pour SUD, les mesures proposées sont insuffisantes et parfois malvenues. Pour partie, ce plan se réduit à un programme de développement des ressources humaines largement déconnecté des résultats de l’audit. Les idées consistant à micro-manager les salariés et à introduire la notion floue de « savoir-être » ne feront qu’accroître le stress au travail.
On ne peut ignorer l’évidence : la dégradation de nos conditions de travail, le manque de reconnaissance, la réduction des opportunités et de la mobilité professionnelle, ainsi que l’affaiblissement de la qualité et de l’étendue de notre couverture créent de la souffrance au travail. Nous avons déjà pu constater cet été que les salariés de droit français ont été mis à la mode de ce que les salariés locaux subissent depuis toujours : aucune transparence pour le recrutement et les conditions de la mobilité. La direction, en remaniant les statuts, a visiblement négligé l’intérêt des salariés. Impossible pour celles et ceux qui ont candidaté cet été de se préparer convenablement aux entretiens et de faire des choix éclairés. Nous avons même appris que certains responsables se débarrassent des questions des salariés en les renvoyant vers ChatGPT ! N’est-ce pas là un risque psychosocial majeur que la direction ajoute au constat déjà alarmant établi par Sextant ?
Intelligence Artificielle
Lors d’un CSE extraordinaire le 20 mai 2026, la direction a procédé à la restitution de l’étude Sopra Steria sur la mise en place de l’intelligence artificielle (IA) dans les pratiques journalistiques. Même si les recommandations présentées sont, selon elle, des « pistes de travail », la direction ne cache pas son souhait d’introduire rapidement l’IA au sein de la rédaction. Mais elle se garde bien d’évoquer le coût de cette orientation stratégique. Peut-être dévoilera-t-elle enfin son jeu lors du nouveau CSE extraordinaire prévu le 18 septembre.
La menace que fait peser cette technologie n’est pas virtuelle. L’IA a déjà englouti des centaines de milliers d’euros, un surcoût en partie compensé par… la réduction des CDD jusqu’à la fin de l’année ! Outre l’argent dépensé pour développer un outil qui ne présente aucune garantie de fiabilité, le risque de perdre des compétences et le sens de notre travail est également préoccupant. Quant aux fameux « gains de temps », ils auront sans aucun doute un impact sur les effectifs. Alors que l’IA provoque déjà des suppressions d’emplois à travers le monde et que notre direction cherche à tout prix des économies, comment ignorer cette menace ?
Et quid de la confiance de nos usagers en notre capacité à fournir « une information exacte, impartiale et digne de confiance » ? La solution avancée par la direction, consistant à étiqueter minutieusement la source de chaque « brique » d’information pour nourrir les machines et les IA, risque justement de ne pas inspirer la confiance. Lors du CSE du 20 mai, la direction a assumé de laisser nos clients traditionnels sur le bord de la route : la concurrence de l’IA est à ses yeux presque comme une sélection naturelle ! Tant pis pour eux, l’important est que l’AFP s’en sorte elle ! Sauf que le modèle économique de la vente de briques d’information à des sociétés d’IA reste pour l’instant mystérieux. Quels prix et quelles garanties pour l’AFP et ses salariés, étant donné que le sujet des droits voisins n’est toujours pas maîtrisé ?
Derrière ces dossiers apparemment distincts se dessine une même logique : faire porter au personnel le coût des choix de la direction, réduire les opportunités professionnelles et ne pas apporter de réponse à la hauteur de l’aggravation des risques psychosociaux. Face à ces enjeux, il est essentiel que les salariés se fassent entendre et défendent collectivement leurs intérêts, leurs conditions de travail et l’avenir de l’Agence. SUD continuera à porter ces revendications. Ensemble nous pouvons faire la différence.
Paris, le 7 septembre 2026
SUD-AFP (Solidaires-Unitaires-Démocratiques)
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