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Révision du statut, déménagement : il est temps de dire NON !

lundi 7 septembre 2009

Depuis début 2009, le PDG aura mis le paquet pour tenter de secouer le cocotier de l’AFP : nouveau Contrat d’objectifs et de moyens signé avec le gouvernement, projet de révision du statut, hiérarchie rédactionnelle « rajeunie », projet de déménagement des principaux services rédactionnels dans des locaux flambant neufs… Et pourtant, malgré cet « élan novateur », le personnel de l’Agence n’est pas porté par une vague d’enthousiasme, une adhésion massive au Plan Louette. Car derrière l’affichage d’un modernisme résolu, le message est brouillé. Les initiatives du PDG sont, en effet, marquées par un double défaut : manque de concertation et manque de pertinence. Cela se vérifie sur trois points essentiels de son projet : le statut, le nouveau modèle économique et le déménagement du siège.

Statut modifié, indépendance bradée

Pierre Louette affirme vouloir préserver l’indépendance de l’AFP, telle qu’elle est définie par le statut de 1957. Mais, après les attaques de l’UMP contre l’AFP en 2008, comment croire que notre indépendance vis-à-vis du pouvoir politique puisse être aussi bien préservée que jusqu’à présent si l’Agence est transformée en société nationale à capitaux publics ?
Comment dissiper les soupçons que cette étatisation ne viserait pas une prise de contrôle politique pour faire de l’AFP une agence gouvernementale ?
Comment faire croire au maintien de l’indépendance, alors que le PDG risque d’être désigné directement par le pouvoir politique ? Le président Sarkozy n’avait-il pas justifié la désignation du PDG de France Télévisions par le pouvoir exécutif en faisant valoir qu’une telle procédure serait logique pour une société financée par l’Etat ?

A moins que l’étatisation préconisée ne soit qu’un leurre. En effet, comment croire que la transformation en société anonyme ne vise pas, en définitive (c’est-à-dire dans une étape ultérieure mais déjà programmée), une privatisation de l’Agence dans sa totalité ou par tranches ou via la création de filiales et de co-entreprises ? Les exemples d’EDF/GDF, de France Telecom ou de La Poste laissent craindre l’externalisation des activités lucratives et une précarisation des personnels, avec une multitude de statuts. Cf. communiqué SUD « Agence multimédia : quels droits pour les salariés ? »

Quelle crédibilité pour la promesse d’indépendance lorsque le PDG envisage d’ouvrir le conseil d’administration à des clients étrangers ? Le quotidien Les Echos n’a-t-il pas écrit, sans susciter les protestations de Pierre Louette, qu’après la réforme du statut, « il sera donc possible - sur un plan théorique tout du moins - à Carol Bartz, la patronne de Yahoo !, qui est un important client de l’AFP, d’être nommée » au conseil d’administration de l’AFP ?
Comment croire que les solutions préconisées - création d’une fondation, charte rédactionnelle – suffiront pour maintenir l’indépendance, lorsque celle-ci ne sera plus garantie par le statut d’entreprise « sui generis » (sans capital et structurellement indépendante des pouvoirs politiques et économiques), qui l’a préservée depuis un demi-siècle ? 

Modèle d’affaires : pour un vrai débat !

Les craintes de privatisation sont d’autant plus justifiées que le nouveau modèle d’affaires proposé est inspiré par les projets les plus libéraux expérimentés par certains médias concurrents ou clients, sur fond de crise générale touchant les médias d’information. Certes, le PDG n’a toujours pas présenté le plan de développement promis. Mais les grandes lignes de ce plan sont dans le Contrat d’objectifs et de moyens et dans le document « Faire de l’AFP un des leaders mondiaux de l’information à l’ère numérique », que Pierre Louette a remis au gouvernement fin mars.

« Croissance externe  », diversification via les activités « satellites », création de nouvelles filiales, acquisition de sociétés de contenus et/ou de sociétés technologiques sont les maître-mots de cette stratégie. Objectif : « faire passer la part des recettes provenant de l’Etat (aujourd’hui de l’ordre de 40%) à 30% en 2013. » Le tout culminant dans l’affirmation qu’ « à terme, le cœur de métier de l’AFP ne tiendra que grâce à ses activités périphériques » !

Paradoxalement, le PDG choisit le moment où la quasi-totalité des clients sont touchés par la crise et par les conséquences de la « révolution numérique », pour accélérer la privatisation des recettes. C’est risqué, cela n’a jamais été largement discuté et cela devrait susciter de sérieuses réserves, vu les dérives de la « pipolisation » et du développement de l’« infotainment » (l’info conçue comme divertissement). Avons-nous vraiment besoin de suivre cette marchandisation de l’info, alors que le financement public (60% du chiffre d’affaires au début des années 80, 40% encore aujourd’hui) permet à l’AFP de ne pas subir de plein fouet TOUS les aléas du « marché » ?

Et si l’on ouvrait le débat sur d’autres perspectives ? « Pourquoi ne pas concevoir les agences de presse comme des services publics de l’information à l’échelle mondiale ? », comme l’envisage Bernard Poulet, rédacteur en chef à l’Expansion, dans son excellent livre «  La fin des journaux et l’avenir de l’information  » (Gallimard) ? Voilà une piste intéressante, parmi d’autres, qui mériterait d’être creusée, à condition que les perspectives de l’Agence soient tranchées autrement que par des oukases du PDG.

Déménagement : que cache le PDG ?

On nous avait dit que pour catapulter l’AFP dans l’ère du multimédia, nous aurions besoin d’une grande plate-forme interactive, facilitant la communication entre tous les acteurs. Au lieu de cela, nous aurons deux grands huit, sur deux étages, avec d’énormes trous noirs au milieu. Les locaux rue Vivienne sont certes propres, mais sombres, étriqués et plutôt inadaptés à l’usage initialement invoqué. Et pourtant, ce projet avance à marche forcée…

Au lieu de créer des faits accomplis et de diviser le personnel en écartant une bonne partie de la rédaction du siège historique de l’Agence, le PDG doit répondre aux questions que l’on est en droit de se poser : Quels sont les projets pour l’immeuble du siège ? Sera-t-il complètement racheté (crédit-bail) ou sera-t-il vendu ? Dans ce cas, quid des services dont le déménagement rue Vivienne n’est pas prévu ? Quels projets à long terme pour le siège parisien de l’AFP, en fonction de choix stratégiques de développement ?

L’absence d’arguments et les manœuvres autour du déménagement ne peuvent que renforcer l’attitude réservée, sinon l’hostilité, du personnel face au Plan Louette.
 
A l’issue d’un long débat, le statut de 1957 avait été plébiscité par le personnel et adopté à l’unanimité par les députés. Rien de comparable avec la façon partisane de liquider les problèmes de l’Agence en 2009. Face au diktat, plus de 18.000 citoyens - dont de nombreux parlementaires - ont déjà signé la pétition pour la défense de l’AFP (www.sos-afp.org) affirmant s’opposer «  à toute modification qui dénaturerait son statut, inscrit dans la loi de 1957 ». La sagesse voudrait qu’on ouvre enfin un débat large et démocratique sur les perspectives de l’Agence, sur ses besoins rédactionnels, matériels et sociaux. Aujourd’hui, il faut s’opposer à la politique du fait accompli. Sinon il sera trop tard.

SUD-AFP - Paris, le 7 septembre 2009